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8 septembre 1926: Ceux qui refusent de récolter le caoutchouc sont conviés au « bal de Bambio » (Oubangui-Chari)

Dans son Voyage au Congo, André Gide relate ces faits survenus à l'ouest de Bangui et rapportés par un dénommé Garron :

« À Bambio, le 8 septembre, [1926] dix récolteurs de caoutchouc, (vingt disent les renseignements complémentaires) de l'équipe de Goundi, travaillant pour la Compagnie Forestière - pour n'avoir pas apporté de caoutchouc le mois précédent (mais, ce mois-ci, ils apportaient double récolte, de 40 à 50 kilogrammes) - furent condamnés à tourner autour de la factorerie sous un soleil de plomb et porteurs (sic) de poutres de bois très pesantes. Des gardes, s'ils tombaient, les relevaient à coup de chicotte.

Le "bal" commencé dès huit heures, dura tout le long du jour sous les yeux de MM. Pacha et Maudurier, agent de la Forestière. Vers onze heures, le nommé Malingué, de Bagouma, tomba pour ne plus se relever. On en avertit M. Pacha, qui dit simplement:" Je m'en f..." et fit continuer le "bal". Tout ceci se passait en présence des habitants de Bambio rassemblés, et tous les chefs des villages voisins venus pour le marché. »99

Gide ajoute d'autres témoignages rapportés dans le journal de Garron, sur les actes de Pacha:

« M. Pacha annonce qu'il a terminé ses répressions chez les «  Bayas » des environs de Boda. Il estime (de son aveu) le nombre des tués à un millier de tout âge et des deux sexes. Les gardes et les partisans étaient obligés, pour justifier leurs faits de guerre, d'apporter au "Commandant" les oreilles et les parties génitales des victimes; les villages étaient brûlés, les plantations arrachées. L'origine de l'affaire remonte au mois de juillet 1924.

« Les indigènes de la région ne voulaient plus faire de caoutchouc. L'administrateur de l'époque, M. Bouquet, envoie quatre miliciens, accompagnés d'un sergent indigène, pour contraindre les gens au travail. D'où bagarre. Un milicien tire. A ce moment les miliciens sont enveloppés par les indigènes qui les ligotent. Ils sont tués 24 heures plus tard par quelques exaltés, peu nombreux, et qu'il aurait suffi d'arrêter pour liquider l'affaire. Au lieu de quoi on attendit l'arrivée de Pacha, au début de 25, qui commença les répressions avec une sauvagerie terrible.

« La cause de tout cela, c'est la C.F.S.O. (Compagnie Forestière Sanga-Oubangui) qui, avec son monopole du caoutchouc et avec la complicité de l'administration locale, réduit tous les indigènes à un dur esclavage. Tous les villages sans exception aucune, sont forcés de fournir caoutchouc et manioc pour la C.F.S.O.[...] Un indigène, pour récolter 10 kilos de caoutchouc, est obligé de passer un mois en forêt, souvent environ à 5 ou 6 jours de marche de tout village;[...].

« Les prestations et portages sont faits par les femmes, malgré l'arrêté du Gouverneur Général.

« Les routes de la région sont tracées sur un terrain sablonneux où n'existe pas de cailloux. Toutes les femmes des villages travaillent toute l'année du matin au soir pour apporter de la terre sur la chaussée;[...] elles n'ont pas d'outil pour l'extraire, et transportent cette terre sur la tête dans des paniers. La plupart de ces femmes ont des enfants au sein. D'où mortalité infantile et dépeuplement.

« Ce travail, considéré comme prestation, n'est pas payé, et ces travailleuses ne sont pas nourries. »100

Sources :

André Gide, Voyage au Congo, Gallimard, 1927, Idées-Gallimard, n° 443, page 98, 459, 469.


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Jacques Morel 2003-05-03