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1er septembre 1878: Le grand chef Ataï est tué par un traître canaque(Nouvelle-Calédonie)

Incitée par les missionnaires, des pères maristes, arrivés en 1843, la France prend possession de l'île le 24 septembre 1853. Les indigènes, les Canaques, pratiquant de longues jachères tournantes, sont refoulés dans des réserves, le reste des terres étant déclaré propriété d'État (arrêté de spoliation des terres du 20 janvier 1855) et sont soumis au travail obligatoire (arrêté des 6 mai 1871 et 6 mars 1876). Les terres concédées aux colons passent de 1000 à 230 000 hectares entre 1860 et 1878. Il faut y ajouter les terres réquisitionnées par l'administration pénitentiaire, en particulier pour ses fermes. Le grand chef Ataï, expulsé de sa terre par la colonisation, déclare au gouverneur français Olry à Teremba, en déversant d'abord un sac de terre: « Voilà ce que nous avions », et ensuite déversant un sac de pierres: « Voici ce que tu nous laisses ». Au gouverneur qui lui conseille de construire des barrières pour protéger ses cultures des dégâts commis par le bétail des colons, il répond: « Lorsque les taros [des légumes] iront manger les boeufs, je construirai des barrières. » Ses efforts pour s'entendre avec les Blancs ayant été vains, Ataï choisit la lutte armée. Le pouvoir colonial réussit à s'assurer le soutien d'autres tribus canaques, en particulier les Baxéa de Canala, contre Ataï et ses partisans. Sans ces auxiliaires, il ne pouvait poursuivre un ennemi qui se fondait dans la nature. L'insurrection met à feu et à sang le centre-ouest de la Grande Terre. Ataï se bat jusqu'au bout. Il est tué au combat le 1er septembre 1878 par un traître canaque, de la colonne Le Golleur-Gallet formée de Canaques, de francs-tireurs (des déportés politiques), de Mercury (déportés de droit-commun dirigés par Mercury, un surveillant du bagne). Sa tête est envoyée à Paris et conservée au Muséum d'Histoire Naturelle. Les villages insurgés sont brûlés, les terres confisquées, les hommes tués ou déportés. L'insurrection n'est matée qu'en avril 1879.

Sources :

Roselène Dousset-Leenhardt, Terre natale, terre d'exil, Maisonneuve et Larose, pages 93-94, 123-138; Roselène Dousset-Leenhardt, Colonialisme et contradictions - Nouvelle-Calédonie 1878-1978, L'Harmattan, 1978; Temps Modernes, mars 1985, n° 464.


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Jacques Morel 2003-05-03