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29 juillet 1949 : Un officier français : « On tourne et le prisonnier crache. » (Vietnam)

Pierre Vidal-Naquet rapporte que la torture fut employée pendant la guerre d'Indochine, non peut-être systématiquement, mais très largement quand même. Il cite le reportage en Indochine de Jacques Chégaray paru dans Témoignage chrétien, le 29 juillet 1949:

Dans un petit poste à Cholon, il voit quelque chose comme un crâne humain sur le bureau d'un adjudant « jovial et sympathique ». « - Ce n'est pas un vrai ..., demandais-je.

- Quoi? ce crâne! Mais si bien sûr. Un sale Viet, vous savez, c'est moi qui lui ai coupé la tête. Il criait... il fallait l'entendre! Vous voyez, ça me sert de presse-papier. Mais quelle affaire pour enlever la chair. Je l'ai fait bouillir quatre heures; après j'ai gratté avec mon couteau ... »

Quinze jours plus tard à Phul-Cong au Tonkin,

Un jeune officier français lui fait visiter le PC de la compagnie :

« Ici, [...], c'est mon bureau. Table, machine à écrire, lavabo et là, dans le coin, la machine à faire parler.

Comme j'ai l'air de mal comprendre, il ajoute :

- Oui, la dynamo, quoi! C'est bien commode pour l'interrogatoire des prisonniers. Le contact, le pôle positif et le négatif; on tourne et le prisonnier crache. »

Chégaray ajoute:

« On pourrait multiplier à plaisir les faits de cet ordre. [...] Ce qui m'a frappé dans cette torture, c'est qu'elle est admise, reconnue, et que nul ne s'en formalise. Dans les trois cas cités plus tôt, je me suis présenté comme "journaliste de France". [...] Mais, chaque fois, on m'a présenté la chose comme normale, si normale, qu'on ne songeait jamais à la cacher. »

Un colonel qu'il interroge au sujet de la torture, la justifie par les cruautés des « Nha-Qués » (terme péjoratif pour désigner les Vietnamiens) et formule le raisonnement qui permettra à notre pays « civilisé » de commettre toutes les horreurs :

« Et puis vous savez, dans les combats de guerilla, l'importance des renseignements. Un prisonnier qui avoue l'endroit précis où il a caché une mine piégée, c'est la vie de dix gars de chez nous qui est sauvée. Il faut y songer. [...] La vie de dix jeunes français ne vaut-elle pas une heure d'interrogatoire? »

Sources :

Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la république, Maspero, Paris, 1983, page 17; Pierre Vidal-Naquet, Les crimes de l'armée française, La Découverte, 2001, p. 15-20.


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Jacques Morel 2003-05-03