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19 juillet 1972: Planter du blanc (Nouvelle-Calédonie)

Dans une lettre du 19 juillet 1972, Pierre Messmer, Premier ministre, écrit ceci à Monsieur Deniau, secrétaire d'état aux DOM-TOM :

« La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants.

Il faut donc saisir cette chance ultime de créer un pays francophone supplémentaire. La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones [...]

A court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d'outre-mer (Réunion) devrait permettre d'éviter ce danger, en maintenant et en améliorant le rapport numérique des communautés.

A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu'on n'obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants.[...] »

Cette lettre est à rapprocher des propos du géographe Augustin Bernard au début de ce siècle, rapportés par A. Bensa:

« Il est hors de doute que les indigènes de la Nouvelle-Calédonie sont en voie de disparaître et qu'il faudra bientôt parler d'eux au passé. La vie civilisée et la vie sauvage semblent incompatibles sur le même sol. La Nouvelle-Calédonie présente même ce phénomène assez curieux, que le climat convient mieux aux nouveaux venus qu'aux anciens occupants du sol, aux Européens qu'aux Canaques. »

et de ce livre de géographie pour classe de 3ème de Schradec & Gallouédec daté de 1914:

« La Nouvelle-Calédonie [...] son climat, humide et doux, convient aux Européens qui s'y sont bien acclimatés [...] elle peut devenir une colonie de peuplement [...] La population s'élève à 62 000 habitants. Elle comprend 1°) des indigènes, les Canaques, qui comptent pour la moitié environ et qui sont en voie de disparition; ils étaient très arriérés et pratiquaient même le cannibalisme à l'arrivée des Européens. »

Commentaires :

La lettre de P. Messmer se situe dans la droite ligne d'une pensée coloniale qui envisage le génocide de la population originaire en toute bonhomie90. Certes, malgré la répression, la spoliation des terres, la mise en réserve, les maladies, les Canaques n'ont pas disparu. En 1989, ils sont 74 000 et constituent 44,8% de la population (17% de la population est formée des familles de travailleurs importés des pays voisins). Ils disposent de 13.5% des terres alors que les européens en disposent de 24,6%. Le but n'est plus leur éradication mais de maintenir leur sujétion politique. Dans ce contexte, J.M. Kohler peut écrire: « Le recours au suffrage universel permet de conserver et de justifier le statu quo colonial en des termes idéologiques et institutionnels qui paraissent irréfutables en régime démocratique. »

Sources :

AISDPK, Kanaky Indépendance: Les données de l'indépendance kanake Nۢ page 3; Alban Bensa, Nouvelle-Calédonie, un paradis dans la tourmente, Découvertes, Gallimard, 1990; Schradec & Gallouédec, Géographie élémentaire de la France, Classe de 3ème Hachette, 1914, (Conforme aux programmes officiels du 31 mai 1902) page 259; Jean-Marie Kohler, Les contradictions coloniales de la démocratie néocalédonienne, Le Monde Diplomatique, juillet 1987.


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Jacques Morel 2003-05-03