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15 juillet 1099: Sac de Jérusalem par les Croisés (Palestine)

À la suite de l'invasion de l'Asie Mineure par les Turcs seldjoukides aux dépends de l'Empire byzantin et de la prise de Jérusalem (1077), le pape Urbain II appelle à la Croisade au concile de Clermont en 1095. La Croisade en Terre Sainte assurait à celui qui partait le pardon de ses péchés, donc le salut éternel.

Plusieurs expéditions se succéderont. En 1097 part la croisade des « Chevaliers », formée de chevaliers francs venant principalement de la France actuelle et dirigée par le légat du Pape, Adhémar de Monteil, évêque du Puy. Elle récupère les restes de la première vague appelée « Croisade populaire » ou « Croisade des pauvres gens ». Elle est très modestement aidée par Alexis Comnène, l'empereur grec de Constantinople. Après la victoire de Dorylée sur les Turcs, les Croisés assiègent Antioche durant plus de six mois. Ils ont beaucoup de pertes. Ils souffrent de la faim et de la soif. Ils se livrent à des exactions: « A Maara, les nôtres faisaient bouillir les païens adultes dans les marmites, ils fixaient les enfants sur des broches et les dévoraient grillés.  » écrit Raoul de Caen. Et l'Anonyme: « D'autres découpaient la chair des cadavres en morceaux et les faisaient cuire pour les manger. » Pour les Turcs, les Francs resteront des anthropophages.

Quand ils assiègent Jérusalem, les Croisés ne sont plus que douze mille alors qu'ils étaient de cent à cent cinquante mille au départ. Quand ils pénètrent dans la ville, ils sont saisis d'une « divine » fureur contre les Infidèles. Dans les Gesta Francorum, l'Anonyme écrit: « Certains de nos hommes (et c'était miséricorde) coupaient la tête de leurs ennemis; d'autres leur décochaient des flèches, les faisant tomber des tours; d'autres encore prolongeaient leurs tortures en les livrant à la flamme. On pouvait voir dans les rues de la ville des monceaux de têtes, de mains et de pieds. Il fallait se faire un chemin à travers les cadavres d'hommes et de chevaux. Mais c'était là peu de choses comparé à ce qui arriva près du temple de Salomon ... Si je dis la vérité [sur ce qui s'y passa], elle dépassera ce qu'il vous est possible de croire. Qu'il me suffise donc de dire ... que les hommes chevauchaient dans le sang, qui leur montait aux genoux et à la bride. »

Quarante mille personnes soit la quasi-totalité de la population, femmes et enfants compris, sont exterminés en deux jours les 15 et 16 juillet89. Les Juifs de Jérusalem sont autant victimes des exactions des Croisés que les Musulmans : toute la communauté juive de Jérusalem périt dans les flammes de la synagogue. Dans la vallée du Rhin ils avaient déjà été la cible de l'ardeur sacrée des pèlerins.

De nombreuses autres expéditions militaires déclenchées par les papes suiviront.

Commentaires :

Les Croisades sont une guerre commandée pour des motifs religieux par le Pape (la théologie de la « guerre juste » existe depuis le IVème siècle). Elles ont profondément marqué l'Europe et la France en tout premier lieu. On y voit apparaître la notion d'Occident chrétien opposé à l'Orient sémite, cette opposition n'étant pas seulement idéologique mais aussi militaire. L'image de l'ennemi, le Juif ou l'Infidèle musulman s'y constitue. Ce sont les débuts de l'antisémitisme. L'esprit de Croisade est une composante importante de l'idéologie militaire française qui a perduré jusqu'à nos jours si l'on pense à la guerre d'Algérie, à l'affaire de Suez en 1956 ou au partage de l'Empire turc entre la France et le Royaume-Uni après 1918. Le militaire français ne défend pas seulement la France, mais également les Lieux Saints et l'Occident chrétien vis à vis du monde non européen. Les Croisades virent aussi le pouvoir d'État français (certes embryonnaire) représenté par Philippe Auguste et Saint Louis, s'associer étroitement avec l'Église. La collaboration entre missionnaires et armée française pour évangéliser-coloniser les païens ne fut que la continuation des Croisades. On rétorquera que la France eut souvent une politique opposée à celle de l'Église, soutenant parfois la Sublime Porte, mais la collaboration avec l'Église était encore bien vivante avec Napoléon III qui se voulait « défenseur » des chrétiens du Liban et la IIIème République laïque ne rompit jamais avec l'Église outre-mer. Les Croisades furent le lieu où tuer, massacrer, n'était en rien condamnable, bien au contraire. La lutte de la Croix contre le Croissant et l'Evangélisation des païens, pour lesquelles l'Eglise militait activement, permirent de commettre des massacres en toute bonne conscience. N'est-il pas écrit: « Dieu le veut » sur le socle de la statue de Pierre l'Ermite, prédicateur de la 1ère Croisade, à Amiens?

Sources :

Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, J.C. Lattès, 1983; Zoé Oldenburg Les Croisades, Gallimard, 1965; Jonathan Riley-Smith, Les Croisades, Pygmalion, 1990; Arno Mayer, La "solution finale" dans l'histoire, La Découverte, 1990, page 43-49.


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Jacques Morel 2003-05-03