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14 juillet 1904: La cartouche sanglante du 14 juillet à Fort-Crampel (Oubangui-Chari)

À Fort-Crampel (Oubangui-Chari maintenant République Centrafricaine), le commis aux affaires indigènes de première classe, Léopold Gaud et son collègue Georges Toqué, administrateur de 3ème classe, sont des tortionnaires de la pire espèce. Dans les registres où Toqué note ses décisions, les mots « à fusiller » reviennent fréquemment. Gaud ordonne de cuire une femme vivante dans un four.

Un certain Papka leur est amené, suspect d'avoir attiré une expédition dans un guet-apens qui a fait plusieurs victimes. En mai 1903, Toqué prescrit son exécution, mais il ne sera pas fusillé. Pour célébrer dignement la fête nationale, Gaud décide d'offrir, le 14 juillet, son supplice en spectacle à la population, et lui attache au cou une cartouche de dynamite.« Ça a l'air idiot, explique Gaud, mais ça médusera les indigènes. Si après ça ils ne se tiennent pas tranquilles!... » L'explosion a déchiqueté la victime sous les yeux d'une foule stupéfaite.

Cette nouvelle provoque de l'émoi en métropole, Loubet, président de la République demande une enquête qui sera confiée à Brazza. Gaud et Toqué sont traduits devant la cour d'assises de Brazzaville. Durant ce procès, Toqué décrit d'une façon effroyable les dispositions prises pour procéder de force au recrutement des porteurs dans des villages réfractaires à toute servitude : « Ç'a été le massacre général pour faire marcher le service. » Obéissant à une circulaire, ils organisent des camps d'otages destinés aux femmes indigènes et à leurs enfants pour convaincre les hommes de fournir gratuitement leur travail. Elles sont nombreuses à y mourir de faim ou à être attribuées aux tirailleurs. La cour accorde à Gaud et Toqué les circonstances atténuantes et les condamne à cinq ans de prison, assortis d'une demande immédiate de réduction de peine.

Sources :

Gilbert Comte, L'empire triomphant, Denoël page 209; Félicien Challaye, Souvenirs sur la colonisation, 1935, réédité par Les nuits rouges, 1998, pages 59-69.


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Jacques Morel 2003-05-03