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10 juillet 1878: « Ils ne réclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indigène. » (Nouvelle-Calédonie)

Spoliés de leurs terres, exaspérés par les réquisitions pour les corvées, par les enlèvements de femmes, les Canaques entrent en insurrection le 25 juin 1878 et massacrent tous les Blancs, gendarmes, colons ou bagnards.

M.-J. Mauger, fonctionnaire à la Direction de l'Intérieur à Nouméa, décrit ainsi la répression:

« 10 juillet 1878:[...] On s'occupe en ce moment de brûler autant de villages révoltés qu'on le peut; de détruire autant de plantations que le temps le permet. Mais jusqu'à présent on n'a obtenu que des résultats insignifiants. Dés que les Canaques ont vu la troupe se mettre en campagne ils se sont jetés dans les montagnes et il sera bien difficile de les forcer dans leurs repaires.

15 juillet 1878: [...] On emploie les Canaques alliés à brûler les cases et à détruire les plantations des insurgés, mais je ne comprends pas qu'on fasse couper les cocotiers dont le domaine colonial est appelé à bénéficier.

La tactique est d'affamer les sauvages et de les réduire par la misère. »82

Les troupes qui rencontrent des insurgés ne font pas de prisonniers. Elles les tuent.

Le gouverneur Olry écrit ceci le 28 septembre 1878 au Ministre de la Marine : « [...]À chaque rencontre on en a tué quelques-uns, on n'en a jamais pris vivants [...] On a brûlé tous leurs villages, détruit toutes leurs cultures [...] Les femmes ont été données aux tribus alliées. »83

C'est une politique systématique de la terre brûlée à l'encontre des villages rebelles ou suspectés.

En 1879, les tribus rebelles qui font leur soumission sont déportées. Voici ce que relate le commandant Rivière84 : « Toutefois, le gouverneur voulait que les Canaques à qui l'on faisait grâce de la vie abandonnassent l'arrondissement et fussent transportés soit à l'île des Pins, soit aux îles Belep, dans le Nord. Non seulement cela supprimait les indigènes, mais nous donnait une quantité considérable de terres fertiles. »85

Les mots cela supprimait les indigènes sont à consonance génocidaire, elles sont pourtant d'un officier qui d'après Roselène Dousset-Leenhardt était « avec le général de Trentinian, un des rares français à avoir considéré les Néo-Calédoniens comme des êtres humains. »86 Que dire des autres? Mauger note dans son journal:

« 2 juillet 1878 [...] L'exaspération des colons est portée au paroxysme; ils ne réclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indigène. »87

Les déportés ne rentreront jamais, soit que les colons s'y opposent, soit qu'ils refusent d'eux-mêmes, leurs terres ayant été spoliées.

Sources :

Roselène Dousset-Leenhardt, Terre natale, Terre d'exil, Maisonneuve & Larose, 1976, pages 238, 242, 244, 128, 272, 166, 178, 63


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Jacques Morel 2003-05-03