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17 avril 1825: La France reconnaît Haïti, contre l'indemnisation des planteurs (Haïti)

Sous la première Restauration le ministre de la Marine Pierre-Victor Malouet, dont la femme possédait de vastes plantations à St Domingue, tente d'y restaurer le système d'avant 1789 en envoyant en juin 1814 aux dirigeants haïtiens, le roi Christophe, un descendant d'esclaves, au Nord, le mulâtre Pétion au Sud, trois émissaires chargés de « convaincre les dirigeants de faire amende honorable à Sa Majesté Très Chrétienne ». Il les munit d'instructions secrètes. Celles-ci s'engageaient à assimiler aux Blancs, Pétion et quelques autres, « toutefois que la couleur les rapproche de la caste blanche », à « Attacher à la glèbe et rendre à leurs anciens propriétaires tous les Noirs qui travaillent actuellement sur les habitations, mais encore y ramener le plus possible de ceux qui se sont affranchis de cette condition. Purger l'île de tous les Noirs qu'il ne conviendrait pas d'admettre parmi les libres et qu'il serait dangereux de rejeter parmi ceux attachés aux habitations. »

L'un des trois émissaires, Franco de Medina, est arrêté par Christophe. Les instructions secrètes découvertes, il est jugé et exécuté. Christophe envoie le texte de ces instructions secrètes à Pétion qui congédie l'autre émissaire Dauxion-Lavaysse et communique aux Anglais une lettre de Dauxion-Lavaysse au roi Christophe, lui proposant de continuer la traite en remplaçant la population libre par des esclaves venus d'Afrique. La presse anglaise la diffusera, suivie par la presse française. Beugnot, successeur de Malouet, doit désavouer les malheureux émissaires. Il faudra attendre le 17 avril 1825 pour que Charles X reconnaisse officiellement la République d'Haïti, après de longues négociations. Le gouvernement haïtien, présidé par le général Boyer, qui a unifié le Nord et le Sud, s'engage en échange de cette reconnaissance à verser au gouvernement français la somme de cent cinquante millions de francs Germinal pour indemniser les planteurs ayant perdu leurs propriétés. Cette somme énorme correspond alors au budget annuel de la France. Même après sa réduction à 90 millions en 1838, cette dette ne sera éteinte qu'en 189332. Pour la rembourser, Haïti doit emprunter sur la place de Paris33.

Commentaires :

À propos de l'indemnisation des colons, Schoelcher ajoute: Ceux-ci ne le méritaient pas, ils avaient trahi leur pays en livrant la colonie aux Anglais. Si la France a perdu Saint-Domingue, c'est à eux d'abord et à Bonaparte ensuite qu'elle le doit.

Sources :

Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Ollendorf, 1889, Karthala 1982 p 379; Robert et Marianne Cornevin, La France et les Français outre-mer, Tallandier, 1990, page 342-345; Robert Cornevin, Haïti, Que sais-je n° 1955, PUF, 2e édition, 1993; Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche, Albin-Michel, 2001; François Blancpain, Un siècle de relations financières entre Haïti et la France (1825-1922), L'Harmattan, 2001.


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Jacques Morel 2003-05-03