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11 avril 1948: Naegelen est chargé de faire de « bonnes élections » (Algérie)

Le statut de l'Algérie du 20 septembre 1947, reprend le projet Bidault d'inspiration fort conservatrice. Alors que les représentants des « indigènes » demandent l'association pour les uns, l'indépendance pour les autres, ce statut définit l'Algérie, de même qu'en 1900, comme un groupe de départements doté de la personnalité civile et de l'autonomie financière. Un gouverneur général nommé conserve le pouvoir exécutif, le législatif reste du domaine de l'Assemblée Nationale française. L'Assemblée algérienne a des attributions essentiellement financières. La représentation y est dite « paritaire » : 60 délégués du premier collège, 60 du second. Le premier collège comprend 464 000 citoyens français (hommes et femmes), et 58 000 « Musulmans ». Le deuxième 1 300 000 électeurs « musulmans ». On dénombre alors en Algérie 922 000 Européens et 7 860 000 « Musulmans ». Les clauses qui annonçaient des progrès réels (suppression des communes mixtes, indépendance du culte musulman, enseignement de l'arabe, droit de vote aux femmes « musulmanes »), restent des promesses vaines parce que soumises à des décisions de l'Assemblée algérienne et subordonnées à l'impossible majorité des deux tiers. Les députés « musulmans » algériens, même modérés, avaient refusé unanimement ces dispositions.

Le 11 février 1948, Edmond Naegelen, est nommé gouverneur général d'Algérie en remplacement d'Yves Chataigneau, jugé trop faible. Celui-ci avait tenté désespérément de faire appliquer le statut de 1947, combattu par les colons. « Membre éminent de la SFIO, Naegelen n'a été choisi que pour couvrir le sabotage pratique dudit statut. »26. Il ordonne à l'administration de faire de « bonnes élections »27 . Réalisée « sous le signe de la fraude, de la peur et du sang »28les 4 et 11 avril, cette élection avait été minutieusement combinée et réglée pour confirmer, à l'échelle du pays, les résultats passablement trafiqués des élection municipales. Au premier collège: cinquante-cinq députés de droite, quatre socialistes, un communiste. Au second collège, quarante-deux élus(?) « administratifs » , neuf MTLD (Messali Hadj), huit UDMA (Fehrat Abbas), un socialiste.

« Mais alors que le premier tour laissait pressentir une nette victoire du MTLD, une gigantesque opération de trucage dénatura totalement le scrutin du second tour. Le bourrage des urnes, l'arrestation préventive des assesseurs suspects et le quadrillage des douars par l'armée aboutissaient à « l'élection » de 41 candidats administratifs (sur 60) [...] »29

« Les élections qui suivirent [en 1951 et 1954], furent toutes des triomphes pour l'administration. Mais la validation constante de ces « élections » par les Assemblées de la IVème République fit partager à la France la responsabilité de ces errements. A pratiquer cette politique, les gouverneurs Naegelen puis Léonard désespérèrent les Musulmans mais gagnèrent l'amitié reconnaissante des Français d'Algérie. Persuadés que la ruse et la force pourraient maintenir le statu quo, ceux-ci ne firent aucune concession. »30.

On comprend la sombre prophétie qu'aurait formulée Ferhat Abbas devant le maréchal Juin: « Il n'y a plus d'autre solution que les mitraillettes. »31

Sources :

André Mandouze, Mémoires d'outre siècle: D'une résistance à l'autre, Ed. Viviane Hamy, 1998, page 183-184; Ch.-Robert Ageron, Histoire de l'Algérie contemporaine, Que Sais-je n𫄐, page 97; Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d'Algérie, Seuil-Histoire, 1982, page 33-36.


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Jacques Morel 2003-05-03