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25 février 1791 : Le mulâtre Ogé subit le supplice de la roue pour avoir cru à l'égalité (Haïti)

Les colons de la partie française de Saint-Domingue refusent d'appliquer aux mulâtres le décret du 28 mars 1790 donnant le droit de vote à « toutes personnes libres âgées de 25 ans accomplies, propriétaires d'immeubles. » L'abbé Grégoire, qui demande que soit précisé si ce décret s'applique aux mulâtres, n'obtient pas de réponse du rapporteur Barnave. Vincent Ogé, un mulâtre rentrant de France le 23 octobre 1790, réunit 200 jeunes gens et met en demeure le gouverneur et l'Assemblée Provinciale d'appliquer ce décret. « Je ne comprends pas dans mes réclamations le sort des nègres qui vivent dans l'esclavage » , prend-il soin d'ajouter car souvent les mulâtres étaient eux-mêmes propriétaires d'esclaves. Borel, chef de la garde nationale du Cap avec une troupe de 1500 hommes, disperse les amis du leader mulâtre. Ogé, son ami Chavannes et une trentaine de leurs compagnons se réfugient dans la partie espagnole. Mais le gouverneur les livre.

Un procès s'ensuit. « Treize des insurgés faits prisonniers furent condamnés aux galères perpétuelles, vingt-deux à être pendus ». S'agissant de Vincent Ogé et son ami Chavannes, la cour les dit convaincus d'avoir prémédité le soulèvement des gens de couleur, et condamne :« Lesdits Vincent Ogé jeune, quarteron libre de Dondon, et Jean-Baptiste Chavannes, quarteron libre de la Grande Rivière à être conduits par l'exécuteur de la haute justice au-devant de la principale porte de l'église paroissiale de cette ville, et là, nu-tête et en chemise, la corde au cou, à genoux, et ayant dans leurs mains chacun une torche de cire ardente du poids de deux livres, faire amende honorable, et déclarer à haute et intelligible voix que c'est méchamment, témérairement et comme malavisés, qu'ils ont commis les crimes dont ils sont convaincus, qu'ils s'en repentent et en demandent pardon à Dieu, au roi et à la justice; ce fait, conduits sur la Place d'Armes de cette ville au côté opposé à l'endroit destiné à l'exécution des Blancs et d'y avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs, sur un échafaud qui sera dressé à cet effet, et mis par l'exécuteur de la haute justice sur des roues, pour y rester tant qu'il plaira à Dieu de leur conserver la vie; ce fait leurs têtes coupées et exposées sur des poteaux; savoir, celle dudit Vincent Ogé jeune sur le grand chemin qui conduit au Dondon, et celle de Jean-Baptiste, dit Chavannes, sur le chemin de la Grande Rivière, en face de l'habitation Poisson. »

L'assemblée provinciale, qui voulait assister en corps à l'exécution, entoure l'échafaud, et supporte jusqu'à la fin cet horrible supplice pourtant déjà aboli en France.

Commentaires :

Schoelcher date l'exécution par erreur au 9 mai 1790.

Sources :

Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Ollendorf, 1889, Karthala, 1982, page 25; Aimé Césaire, Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial., Présence africaine, 1981, page 96.


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Jacques Morel 2003-05-03