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29 janvier 1944: Répression de Rabat-Salé et Fès (Maroc)

Durant la guerre, le sultan Mohammed V fait preuve d'indépendance vis-à-vis du gouvernement de Vichy : refus d'appliquer les lois antijuives, refus de s'opposer au débarquement anglo-américain. Des troupes marocaines participent aux combats contre l'Axe, en Italie et pour la libération de la France. Le 11 janvier 1944, le manifeste de l'Istiqlal, mouvement nationaliste, demande l'abolition du protectorat français et la participation du Maroc à la future ONU. Mohammed V y est favorable, cependant le résident général Puaux l'oblige à désavouer les nationalistes (14 janvier) et à révoquer des ministres (20 janvier). Les autorités françaises, c'est-à-dire De Gaulle à Alger, soupçonnent les nationalistes d'avoir des relations avec les Allemands. Le 28 janvier, la sécurité militaire découvre « un complot pro-allemand ». Balafredj et d'autres leaders nationalistes sont arrêtés et envoyés en Corse.

Le 29, des milliers de Marocains protestent dans la rue, à Rabat le matin, à Salé, ville jumelle de Rabat, l'après-midi. Gendarmes et blindés français interviennent. Étienne Bloch, ancien de la 2ème DB dit3avoir réprimé une agitation avec des chars à la Médina de Rabat en 1944. Il y a quatre morts français, quelques-uns du côté marocain. Une manifestation est également organisée à Casablanca: trois morts marocains. Le lendemain 30 janvier à Fès, c'est un véritable soulèvement. Pour le briser, il faudra un siège d'une semaine. L'aviation survole la ville. Puaux se serait opposé à un bombardement par l'artillerie. Les tirailleurs sénégalais sont envoyés en 1ère ligne, il y a entre 30 et 60 morts, des milliers d'arrestations. Après quoi, en juin 1945, De Gaulle reçoit somptueusement le sultan en France et lui offre un voyage à Constance, au quartier général de De Lattre, dont une partie des troupes est marocaine.

Implication de la France :

La revendication nationaliste trouvait sa source dans la Charte de l'Atlantique et les espoirs entretenus par les Américains. L'engagement de troupes marocaines au côté des Alliés invitait les autorités françaises à abandonner leur vision coloniale. L'arrestation de Balafredj paraît plus qu'une maladresse (le résident général Puaux n'a pas été consulté, le directeur des affaires politiques, Boniface, avait garanti que cette arrestation ne créerait pas d'incident), c'était une véritable provocation.

Sources :

Yves Benot, Massacres coloniaux, La Découverte, 1994, pages 64-68.


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Jacques Morel 2003-05-03