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17 janvier 1961: Assassinat de Patrice Lumumba à Élizabethville (Congo ex-belge)

Suite au soulèvement de janvier et octobre 1959 à Léopoldville, l'indépendance du Congo est octroyée par Bruxelles pour le 30 juin 1960. Le 31 mai 1960, Patrice Lumumba remporte les élections et devient Premier ministre, tandis que Joseph Kasa Vubu devient président du Congo. Des troubles éclatent en juillet lors de la tentative d'africanisation du corps des officiers de l'armée congolaise. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombe, soutenu par les troupes belges et poussé par l'Union minière, proclame la sécession du Katanga, l'État du cuivre. Lumumba et Kasa Vubu font appel à l'ONU qui envoie des casques bleus et impose le départ des troupes belges. Celles-ci se retirent sauf au Katanga où elles maintiennent Tshombe en selle. L'armée nationale congolaise combat la sécession du Sud-Kasaï et se dirige vers le Katanga.

Fin août la CIA, les belges et de fait aussi l'ONU, entreprennent d'écarter, voire d'éliminer Lumumba. Kasa Vubu le démet de ses fonctions le 5 septembre en dépit de l'opposition du Parlement. Le 14 septembre, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, nommé chef d'état-major par Lumumba entreprend un coup d'État et arrête le Premier ministre. Le 24 novembre, l'Assemblée Générale de l'ONU reconnaît la légalité de la délégation de Kasa Vubu au détriment de celle de Lumumba. Celui-ci s'évade le 27 novembre mais est repris le 2 décembre. Les 12 et 13 janvier éclate une révolte au camp de l'armée à Thysville2 où est enfermé Lumumba. Les Occidentaux craignent le retour de Lumumba et Bruxelles exerce des pressions pour qu'il soit livré à Tshombe (Katanga) ou à Kalonji (Kasaï). Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, Maurice M'Polo et Joseph Okito, après avoir subi de nombreux sévices, sont transférés à Élisabethville au Katanga. Tshombe et son entourage belge du Bureau-conseil du Katanga décident d'éliminer immédiatement les trois prisonniers. En présence de Tshombe et de trois de ses « ministres », ils sont exécutés par des policiers et des soldats katangais commandés par deux belges, le commisaire de police Frans Verscheure et le capitaine Julien Gat.

Il s'ensuit une succession de troubles.

Le 25 novembre 1965, à l'issue d'un nouveau putsch, Mobutu prend le pouvoir.

Implication de la France :

La position de la France a varié entre le soutien à Tshombe, motivé par les richesses du Katanga, et le principe du maintien des frontières coloniales. Peu avant l'indépendance, le 26 février 1960, Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères tente de faire valoir le droit de préférence de la France sur le Congo qui lui avait été accordé par Léopold II, en échange de la reconnaissance par celle-ci de l'Association Internationale du Congo, contrôlée par le même Léopold II. La France a favorisé l'élimination de Lumumba. En décembre 1960, Jacques Duchemin est conseiller militaire de Tshombe. Fin janvier 1961, le colonel Trinquier, adjoint de Massu à Alger et théoricien de la torture, est en mission au Katanga. Le 31 janvier, le gouvernement Tshombe rédige un contrat d'embauche de Trinquier comme chef de la Gendarmerie katangaise. Mais Bruxelles ne tolère pas cette intrusion dans son arrière-cour. Ce n'est qu'après la réduction du cadre belge sous la pression de l'ONU que Trinquier organisera la force armée katangaise avec le commandant Roger Faulques, autre tortionnaire en Algérie, et Bob Denard. Pierre Dabezies, membre du cabinet de Pierre Messmer, ministre de la Défense, suivait le dossier Katanga. Le Congo de Fulbert Yulu est par ailleurs utilisé comme base avancée.

Sources :

Ludo De Witte, L'assassinat de Lumumba, Karthala, 2000, page 158-159, 223-277; Pierre Péan, L'homme de l'ombre, éléments d'enquête autour de Jacques Foccart, l'homme le plus mystérieux et le plus puissant de la Vème République, Fayard, 1990, page 297-302.


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Jacques Morel 2003-05-03