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27 novembre 1954 : « Bientôt un malheur terrifiant s'abattra sur la tête des rebelles. » (Algérie)

Après les actes d'insurrection survenus le 1er novembre en Algérie, où les "indigènes" étaient toujours tenus pour des citoyens de seconde zone, dépossédés pour la plupart de leurs terres, souffrant de la famine, n'accédant qu'exceptionnellement à l'école, soumis au mépris des Européens et à l'arbitraire de bachagas ou caïds instruments du colonisateur, le 5 novembre, François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, parla de la répression « nécessaire et impitoyable des troubles » puis déclara le 7: « L'Algérie c'est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autre autorité que la sienne » . Le MTLD qui n'était absolument pour rien dans l'insurrection fut dissout le 5 et ses membres arrêtés. Mitterrand affirma le 20 : « Les trois départements d'Algérie sont des territoires français. Le gouvernement français ne peut pas, ne veut pas tolérer que les revendications présentées par la population dépassent certaines limites telles que l'intégrité et la souveraineté nationale. »

Des tracts furent jetés par avion dans les Aurès gagnés dès le 1er novembre à l'insurrection:

« Appel à la population

Des agitateurs, parmi lesquels des étrangers, ont provoqué des troubles sanglants dans notre pays [...]

Musulmans!

Vous ne les suivrez pas et vous rallierez immédiatement et avant le dimanche 21 novembre à 18 heures, les zones de sécurité avec vos familles et vos biens. L'emplacement de ces zones de sécurité vous sera indiqué par les troupes françaises stationnées dans votre région et par les autorités administratives des douars.

Hommes qui vous êtes engagés sans réfléchir, si vous n'avez aucun crime à vous reprocher, rejoignez immédiatement les zones avec vos armes et il ne vous sera fait aucun mal.

Bientôt un malheur terrifiant s'abattra sur la tête des rebelles.

Après quoi régnera à nouveau la paix française. »

On voit apparaître dans ce texte dès 1954, les notions de « zone interdite » et « zone de regroupement ».

Malgré ces menaces, la population ne bougea pas.

Le 26 novembre, Mitterrand commença une tournée d'inspection. Ce jour-là, dans les Aurès, cinq bataillons étaient engagés dans une vaste opération de ratissage. Un millier de personnes du douar Yabous, parmi lesquelles des femmes, des vieillards, des enfants, furent transférées dans un endroit désert, sans eau potable, Boussaha.

Arrivant à Batna le 27, Mitterrand déclare « nos soldats sont des pacificateurs » . Ce jour-là, neuf avions de chasse décollèrent de l'aéroport de Batna. Pendant ce temps, à la mechta Thagit, du linge séchait sur des piquets; des gens allaient et venaient; le bétail cherchait sa nourriture. Tout à coup, les fellahs virent les chasseurs briller au soleil. Le premier chasseur piqua puis ouvrit le feu sur une maison. Il y eut une rafale. Puis une deuxième. Puis tous les avions mitraillèrent. Les gens se réfugièrent dans les maisons où les balles pénétraient. Madame Zaaf Essaouba, une femme de soixante ans fut tuée. Une jeune fille de seize ans fut atteinte à deux reprises. tout le bétail fut abattu.

A T'Kout, après avoir inspecté un détachement de parachutistes coloniaux et visité la gendarmerie, le ministre déclara:

« L'Aurès n'est pas en état d'insurrection. Il y a dans la montagne quelques centaines de "durs" et une population consentante, soumise et peureuse. »

A Batna, la piscine fut transformée en lieu de détention. Des camions chargés de suspects circulaient dans la ville.

Des villages furent détruits au lance-flammes. Le 8 décembre, les habitants de la mechta Meradsa furent avertis qu'ils devraient avoir quitté les lieux pour le lendemain. Le 9, avant que le jour soit levé, avant que les habitants aient pu déménager leurs affaires, la mechta fut envahie et les maisons flambèrent. Le 31 décembre, les mechtas Boukhrouf et Tiffertassine furent incendiées au lance-flammes. Les six cents habitants s'enfuirent.

La « pacification » débutait.

Sources :

Pierre Vidal-Naquet, La raison d'État, Éditions de Minuit, 1962, page 51-52; Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple, l'affaire Fernand Iveton, L'Harmattan, 1986, page 39-41; Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d'Algérie, Seuil, Points Histoire, 1984, page 62-63.


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Jacques Morel 2003-05-03