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23 novembre 1946: Bombardement de Haïphong : 6000 morts (Vietnam)

Le 9 mars 1945, les Japonais prennent tous les pouvoirs en Indochine, alors qu'avant, ils laissaient le gouvernement de Vichy maintenir l'ordre. Bao Daï, empereur d'Annam, proclame le protectorat français aboli. Le Vietminh, mouvement nationaliste d'inspiration communiste, déclenche l'insurrection en août 45. En juillet, il est convenu aux accords de Postdam que les Chinois désarmeront les Japonais au nord du 16ème parallèle, les Anglais au sud. Le 15 août, de Gaulle nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu, haut commissaire de France en Indochine et Leclerc général commandant supérieur des troupes. Le dirigeant du Vietminh, Ho Chi Minh, proclame l'indépendance du Vietnam le 2 septembre 1945, en présence du général Leclerc, chargé par de Gaulle de réoccuper l'Indochine. Le Laos et le Cambodge font de même, Bao Daï abdique. Le 23 septembre, le colonel Cédille obtint du général anglais Gracey le réarmement des ex-prisonniers français et reprend les bâtiments publics de Saïgon aux représentants du gouvernement vietnamien. En octobre, les troupes du général Leclerc débarquent et réoccupent le Sud Annam, le Laos, le Cambodge. Le 6 janvier 1946, le Viet Minh remporte largement les élections dans le territoire contrôlé par le gouvernement vietnamien. De Gaulle quitte le pouvoir à Paris le 21 janvier. Le 6 mars 1946 à Hanoï, où se trouvent toujours des troupes chinoises, Sainteny signe au nom de la France avec Ho Chi Minh, qui contrairement à d'autres nationalistes reste ouvert au dialogue, un accord où celle-ci « reconnaît la République du Vietnam comme un État libre ayant son gouvernement, son parlement, son armée et ses finances faisant partie de la Fédération Indochinoise et de l'Union française » et s'engage dans un accord annexe, à retirer ses troupes dans 5 ans. L'organisation d'un referendum est prévue au Sud. Les troupes françaises débarquent à Haïphong le 8, où Leclerc rencontre Giap. Il est le 15 à Hanoï. L'accord est très critiqué en France. D'Argenlieu conteste les dispositions militaires de l'accord annexe. Ho Chi Minh est invité à venir discuter en France. Alors que Ho Chi Minh est en route pour Paris, d'Argenlieu en accord avec Moutet fait proclamer le 1er juin, la République autonome de Cochinchine, en violation des accords du 6 mars. La conférence de Fontainebleau s'ouvre le 22 juin, entre Ho Chi Minh et le gouvernement provisoire présidé par Georges Bidault. Le 14 septembre, Ho Chi Minh signe un accord de "modus vivendi" avant de rentrer.

Le 10 septembre, les Français reprennent le service des douanes alors que cela devait être négocié. Les vietnamiens protestent. Leclerc est reparti, d'Argenlieu est à Paris.

A Haïphong, les Vietnamiens s'opposent à un contrôle douanier, le 20 novembre. Ho Chi Minh propose de réunir immédiatement la commission mixte des douanes. Mais le général Valluy, remplaçant d'Argenlieu, après avoir câblé au colonel Dèbes le 22 : « Suite événement du 20, estime indispensable profiter incident pour améliorer notre position Haïphong » lui donne l'ordre suivant : « Le moment est venu de donner une dure leçon à ceux qui nous ont traîtreusement attaqués. Par tous les moyens à votre disposition vous devez vous rendre maître complètement d'Haïphong et amener le Gouvernement et l'armée vietnamienne à résipiscence. »

Dèbes attaque le 23 novembre et fait bombarder Haïphong par trois navires de guerre. D'après Paul Mus (conseiller politique de Leclerc) qui cite une enquête de l'amiral Battet, il y aura 6000 morts, essentiellement des civils. C'est le début de la guerre d'Indochine qui, pour ce qui est de la France, durera 7 ans et demi.

Implication de la France :

Il ne fait maintenant pas de doute, que ce bombardement fait partie des provocations françaises pour mettre un terme à l'indépendance que le Vietnam était en train d'acquérir. C'est le général Valluy qui, sans doute en accord avec d'Argenlieu, a mis le gouvernement français devant le fait accompli. Sa directive du 10 avril : « transformer le scénario, qui est celui d'une simple opération militaire, en un scénario de coup d'État » (Devillers p.179) montre que la préméditation était du côté français et non de celui de Ho Chi Minh. La France crut, avec le parti colonial des administrateurs et de leurs amis, qu'il serait possible, comme en 1885, de réinstaller, à la tête du Vietnam reconquis, des fantoches.

Alfred Grosser remarque: « L'occultation de ce que fut la guerre d'Indochine se retrouve dans le choix de la date officielle du déclenchement de la guerre, que l'on retrouve dans tous les manuels; le 19 décembre, offensive des troupes viêtminh sur Hanoï, au lieu du 28 novembre, bombardement du port de Haïphong par la marine française. »

Imagine-t-on le nombre de vies sauvées si la France avait respecté l'accord du 6 mars 1946?

Sources :

Yves Benot, Massacres coloniaux, La Découverte, 1994, pages 97-108; Philippe Devillers, Paris, Saïgon, Hanoï, Archives, Gallimard; Alfred Grosser et Al., La morale de l'histoire, Autrement, Oublier nos crimes, n𫀐, avril 1994, page 221; Paul Mus, Témoignage Chrétien, 10 février 1950.


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Jacques Morel 2003-05-03