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18 novembre 1801: Bonaparte entreprend d'anéantir à Saint-Domingue le gouvernement des Noirs (Haïti)

Après l'envoi en France pour approbation de la Constitution qui stipulait en son article III : « Il ne peut exister d'esclavage sur ce territoire; la servitude y est à jamais abolie. Tous les hommes y naissent, vivent et meurent libres et Français » , Bonaparte annonça l'expédition de reconquête de la partie française de Saint-Domingue par une lettre à Toussaint Louverture où il joue tout autant de la menace, de la flatterie et du mensonge.

De la menace: « Nous y envoyons [à St Domingue] le citoyen Leclerc, notre beau-frère, en qualité de capitaine général, comme premier magistrat de la colonie. Il est accompagné de forces respectables [54 navires, 23.000 hommes] pour faire respecter la souveraineté du peuple français... nous nous plaisons à espérer que vous allez nous prouver, et à la France entière, la sincérité des sentiments que vous avez constamment exprimés dans les différentes lettres que vous nous avez écrites.[...] La constitution que vous avez faites, en réunissant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la dignité et à la souveraineté du peuple français, dont Saint-Domingue n'est qu'une portion.[...] Une conduite contraire serait inconciliable avec l'idée que nous avons conçue de vous. Elle vous ferait perdre les droits nombreux à la reconnaissance et aux bienfaits de la République, et creuserait sous vos pas un précipice qui, en vous engloutissant, pourrait contribuer aux malheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage; et dont nous nous verrions avec peine obligés de punir la rébellion. »

De la flatterie:

« Nous avons conçu pour vous de l'estime, et nous nous plaisons à reconnaître et à proclamer les grands services que vous avez rendu au peuple français. Si son pavillon flotte sur Saint-Domingue, c'est à vous et aux braves noirs qu'il le doit. »

Du mensonge:

« Que pourriez-vous désirer? La liberté des noirs? Vous savez que dans tous les pays où nous avons été, nous l'avons donnée aux peuples qui ne l'avaient pas.  »

Une autre lettre du Premier Consul, en date du 8 novembre 1801, adressée, elle, aux habitants de Saint-Domingue déclarait: « Quelles que soit votre origine et votre couleur, vous êtes français, vous êtes tous égaux devant Dieu et devant la République.[...] Si on vous dit: "Ces forces sont destinées à vous ravir votre liberté." Répondez: "La République ne souffrira pas qu'elle nous soit enlevée." »

Dans le même temps, Bonaparte fait savoir à la Grande-Bretagne, via Talleyrand, que c'est dans son intérêt à elle qu'il a « pris le parti d'anéantir à Saint-Domingue le gouvernement des noirs. »

Fouché dans ses Mémoires dit tout uniment: « On décida qu'après la conquête, on maintiendrait l'esclavage, conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789, et que la traite des noirs et leur importation auraient lieu suivant les lois existantes à cette époque. »

Toussaint ne fut pas dupe.

La fourberie de Napoléon est confirmée par le rétablissement de l'esclavage, le 20 mai 1802.

Commentaires :

Avec Schoelcher qui s'écrie : « Quel malfaiteur que cet homme », nous reconnaissons en ces textes un concentré de la mauvaise foi dont les colonisateurs français feront preuve plus tard pour signer des accords avec les chefs locaux les soumettant de fait, eux, leurs peuples et les richesses de leur pays à la cupidité et à la cruauté des européens.

Sources :

Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Ollendorf, 1889, Karthala, 1982, page 316,321; Aimé Césaire Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial., Présence africaine, 1981, page 287.


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Jacques Morel 2003-05-03