Turquoise : L'opération de secours aux assassins

  • A la mi-juin le génocide des Tutsi est pratiquement terminé faute de victimes à abattre.

    Source : Scott Straus, "The order of genocide. Race, Power, and War in Rwanda", Cornell University Press, 2006.

  • Mais les FAR se replient. Le FPR après avoir pris l'aéroport de Kigali le 21 mai, est à Gitarama le 13 juin. Le GIR s'enfuit à Gisenyi au Nord-ouest.

    Source : Rapport de la Mission d'information parlementaire, Annexes, p. 381

  • Le 18 juin, François Mitterand proclame à l'UNESCO qu'il y a une « extrême urgence » à intervenir.

  • Au Conseil restreint du 15 juin où la décision a été prise, le prétexte humanitaire est invoqué par François Mitterrand pour envoyer ses paras à Kigali, ce qui permettrait d'empêcher le FPR de prendre le contrôle totale de la ville et d'y maintenir l'armée gouvernementale et ses milices.

    Source : Conseil restreint du 15 juin 1994 (publié dans le livre de Pierre Péan "Noires fureurs, blancs menteurs"

  • Bernard Kouchner est envoyé auprès du général Dallaire à Kigali le 17 juin, il lui demande de « solliciter l'intervention de troupes françaises pour sauver des orphelins et des missionnaires bloqués derrière les « lignes Interahamwe », Dallaire refuse en disant : « Non! Je ne veux pas voir de Français ici. Si vous voulez aider, donnez le matériel et les moyens de transport nécessaires aux troupes qui attendent de rejoindre la MINUAR ». (Source: "Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda", p. 780)
  • La résolution 929 du Conseil de sécurité votée le 22 juin autorise l'intervention militaire proposée par la France au Rwanda sous chapitre VII.

  • Elle ne parle pas de génocide :

    Profondément préoccupé par la poursuite des massacres systématiques et de grande ampleur de la population civile au Rwanda,

    Conscient de ce que la situation actuelle au Rwanda constitue un cas unique qui exige une réaction urgente de la communauté internationale,

    Considérant que l'ampleur de la crise humanitaire au Rwanda constitue une menace à la paix et à la sécurité dans la région,

  • Elle permet de secourir de manière impartiale autant les assassins hutu pourchassés par le FPR que leurs victimes tutsi :

    2. Accueille favorablement aussi l'offre d'États Membres (S/1994/734) de coopérer avec le Secrétaire général afin d'atteindre les objectifs des Nations Unies au Rwanda par la mise en place d'une opération temporaire, placée sous commandement et contrôle nationaux, visant à contribuer, de manière impartiale, à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiés et des civils en danger au Rwanda, étant entendu que le coût de la mise en oeuvre de cette offre sera à la charge des États Membres concernés;

    3. Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, autorise les États Membres coopérant avec le Secrétaire général à mener l'opération décrite au paragraphe 2 ci-dessus, en employant tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés aux alinéas a) et b) du paragraphe 4 de la résolution 925 (1994);

    4. Décide que la mission des États Membres qui coopèrent avec le Secrétaire général sera limitée à une période de deux mois suivant l'adoption de la présente résolution, à moins que le Secrétaire général ne considère avant la fin de cette période que la MINUAR renforcée est en mesure d'accomplir son mandat;

  • Les militaires français rentrent au Rwanda le lendemain, jeudi 23 juin.
  • Ils sont accueillis chaleureusement par les miliciens, policiers, FAR, paysans qui ont participé aux massacres sous les ordres des autorités.

    Photograph: Scott Peterson/Getty Images
    Chris McGreal France's shame?, Guardian, Thursday January 11, 2007, Hutus celebrate the arrival of French troops in June 1994 as part of Operation Turquoise.