Le Monde 4 février 1964

Au cours des évènements de décembre, motivés officiellement par l'incursion d'un petit groupe Tutsi en provenance du Burundi et qui n'eut aucune suite, on procéda dans tous les centres, à l'arrestation systématique de tous les Tutsis évolués ; on les entassait dans des prisons où ils étaient frappés, pressés, laissés sans nourriture. A Ciangugu, on chargeait 80 Tutsis sur des camions et on les fusillait dans la forêt de Congo-Will après les avoir poussés dans un ravin.

Si ces faits représentent une élimination de suspects (tout Tutsi évolué étant suspect) au mépris des garanties judiciaires les plus élémentaires, la répression exercée dans la préfecture de Gikongoro constitue, elle, un véritable génocide. Excitées par le préfet, les bourgmestres et les commissaires du Parmehutu, des bandes de tueurs exterminèrent systématiquement, du 24 au 28 décembre, les Tutsis. Dans la plupart des cas les femmes et les enfants ont été également assommés à coups de massue ou percés de lances. Les victimes sont le plus souvent jetées dans la rivière après avoir été deshabillées. Le nombre total de morts est difficile à évaluer ; on peut cependant tenir pour certain celui de 8.000, et pour probable celui de 14.000 dans la seule préfecture de Gikongoro. Le fait qu'une extermination systématique n'a été appliquée que dans cette préfecture prouve que ces massacres ont été organisés ; il y a lieu de craindre qu'il en soit de même pour d'autres préfectures, et qu'un plan de "nettoyage" soit établi.