Une « Révolution sociale » assistée

Dans les années 1950, gagné par les mouvements de décolonisation, l'entourage du Mwami prend des contacts avec des pays communistes et envisage de s'émanciper tant du joux de la Belgique que de celui de l'Eglise catholique qui contrôle l'enseignement, la presse, les centres de santé et possède de grandes propriétés.

Craignant de perdre son « Royaume chrétien » et voyant le communisme gagner partout dans le monde, l'Église catholique abandonne les Tutsi et prend le parti des Hutu. Dans son mandat de carême 1959, Mgr Perraudin déclare :

Dans notre Ruanda, les différences et les inégalités sociales sont pour une grande part liées aux différences de races, en ce sens que les richesses d'une part et le pouvoir politique et même judiciaire d'autre part, sont en réalité en proportion considérable entre les mains des gens d'une même race.

Un parti Hutu, le Parmehutu est créé par Kayibanda, secrétaire de Mgr Perraudin. Dans le Manifeste des Bahutu, il proclame que :

le Rwanda est le pays des Bahutu (Bantu) et de tous ceux, blancs ou noirs, tutsis, européens ou d'autres provenances, qui se débarrasseront des visées féodo-colonialistes

Les féodo-colonialistes sont les Tutsi qui sont priés, s'ils ne renoncent pas, de retourner en Abyssinie d'où ils sont censés être venus. Kayibanda dans ses discours parle de :

Chasser la minorité d'"envahisseurs hamites" et de rendre le pays à ses seuls propriétaires légitimes, les Hutu.

Obsédée par le risque de perdre le Congo, la Belgique va s'accrocher au Rwanda et au Burundi.

En juillet 1959, le Mwami Mutara III meurt après avoir reçu une injection d'un médecin belge.

Contacté par le Gouverneur Harroy, le Colonel Logiest organise « une révolution sociale hutu » en novembre 1959. Des Tutsi sont massacrés, leurs maisons brūlées, leurs biens pillés. Ils s'enfuient dans les pays voisins.

S'opposant à l'ONU, la Belgique organise des élections qui sont gagnées par le Parmehutu. Les nouveaux élus proclament la République. Le Rwanda devient indépendant en 1962.

Les exilés tutsi tentent de rentrer chez eux en organisant des raids qui sont réprimés par ma garde nationale rwandaise toujours commandée et équipée par les Belges. A chaque fois des Tutsi de l'intérieur sont massacrés.

Le colonel Logiest, qui est nommé Résident civil spécial au Rwanda, appelle les Tutsi des cancrelats :

J'aurai l'occasion de revenir plus loin sur le terrorisme exercé par les « Inyenzi » ou « cancrelats » appelés ainsi parce que ces insectes répugnants, bien connu des coloniaux, se glissent la nuit dans les habitations et s'y multiplient avec une étonnante facilité. Effectivement, les Tutsi émigrés, surtout ceux qui avaient trouvé refuge en Uganda, ouvrirent les hostilités en imitant les cancrelats et en s'introduisant la nuit dans le pays, à bord d'un ou plusieurs véhicules. Leur tactique consistait à tuer ceux qu'ils rencontraient à proximité de leur route, peu importe qui et à se mettre à l'abri au-delà de la frontière, dès le jour venu. Ils en étaient encore à s'imaginer qu'ils pourraient se rendre maîtres de la situation en s'imposant par la peur, comme ils l'avaient toujours fait dans le passé. Ils ne réalisaient pas que leur ordre social était complètement dépassé.

Guy Logiest, Mission au Rwanda, page 166

1963: « Petit génocide de Gikongoro » Le Monde 4 février 1964