Bisesero, quatre jours sans porter secours aux Tutsi traqués

Pendant quatre jours du 26 au 30 juin 1994, les troupes françaises ont laissé massacrer des Tutsi survivants sur les collines de Bisesero, dans la région de Kibuye, au bord du lac Kivu, alors que ceux-ci, abandonnés par le reste de l'humanité, résistaient à des attaques depuis le 7 avril.

Les militaires français ont été prévenus le 26 juin par des journalistes que des survivants tutsi étaient toujours traqués à Bisesero.

Le 27, une reconnaissance du lieutenant-colonel Duval du COS en a découverts. Un des survivants lui dit :

Nous sommes un groupe de 200 Tutsis. Depuis deux mois, l'armée et les miliciens rwandais nous poursuivent. Nous survivons ici, au sommet de ces collines, mais tous les jours ils viennent nous attaquer. Il y a deux heures, les miliciens ont tué cinq d'entre nous. Nous ne pouvons pas nous défendre, nous n'avons rien. Ça fait deux mois, on est à bout. Partout ici, il y a des groupes de Tutsis en fuite. Là sur les sommets que vous pouvez voir, on est entre 5.000 et 8.000. Ils nous chassent sans répit. Une dizaine de soldats des forces armées rwandaises accompagnés de 150 miliciens armés de machettes, arrivent tous les matins vers dix heures et ça commence. Nous, on court, on court, mais on n'en peut plus...

L'officier français répond :

Nous allons revenir. Ne vous en faites pas : dans deux ou trois jours, nous serons là. En attendant, il faut se cacher et survivre!

Patrick de Saint-Exupéry, Rwanda : Les assassins racontent leurs massacres, Le Figaro, mercredi 29 juin 1994, p. 3

L'ordre d'opération Turquoise du 22 juin décrit l'offensive du FPR qui vise à couper en deux la zone encore tenue par le gouvernement intérimaire rwandais.

LES FORCES DU FPR ONT CONQUIS EN DEUX MOIS TOUTE LA PARTIE EST DU PAYS, JUSQU'A LA LIGNE RUHENGERI - SHYORONGI, AU NORD, ET KIGALI-GITARAMA-NYANZA AU CENTRE.

LE FPR SEMBLE MAINTENANT FAIRE EFFORT SUR LES DIRECTIONS KIGALI-KIBUYE, ET KIGALI-BUTARE, EN VUE DE COUPER EN DEUX LA PARTIE OUEST DU PAYS ENCORE SOUS CONTROLE GOUVERNEMENTAL, ET D'AUTRE PART, DE CONTROLER L'AXE PRINCIPAL, RELIANT LA CAPITALE RWANDAISE AU BURUNDI.

Rapport de la Mission d'information parlementaire, Annexes, p. 386-387

Le 28 juin, la crainte à Paris que la zone encore tenue par les forces gouvernementales soit coupée en deux par le FPR est manifeste :

Note du 28 juin 1994 du général Quesnot et de Bruno Delaye à l'attention de Monsieur le Président de la République. Objet : Votre entretien avec le Premier ministre et Conseil restreint du mercredi 29 juin.

La ligne de front au Rwanda fin juin 1994.
Source : Libération 29 juin 1994, p. 16